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Heinrich LüberFiche artiste 34/73

focus

événements

Artiste principalement identifié dans le champ de la performance, il construit souvent des éléments qui prolongent ou transforment son corps, et avec lesquels il « joue », par le geste et la parole. Il conçoit aussi beaucoup de performances intégrées dans des architectures, notamment des façades d'immeubles en chantier.

PerformanceProcess Bâle 2017-2018
ven 19 Jan 2018
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18-02h
Nuit des musées de Bâle (2017)Musée Tinguely

Programme spécial de PerformanceProcess dans le cadre de la Nuit des Musées de Bâle, avec San Keller et Heinrich Lüber.

PerformanceProcess Paris, Centre Culturel Suisse 18.09-13.12.15
mar 06 Oct 2015
1
18h
Volute (création)Centre culturel suisse+33 1 42 71 44 50

Présenté dans le cadre du Focus Heinrich Lüber

Heinrich Lüber, grande figure de la performance en Suisse, se met en scène dans des situations souvent extrêmes – sur des façades d'immeubles, sur des toits, fixé à des structures. Avec Volute, une nouvelle création conçue pour PerformanceProcess, il cherche à incarner la parole dans un geste plastique et spatial. S'inspirant de la figure comique d'Arlequin, il évolue sur un miroir elliptique, avec un cor baroque qui émerge de son corps. Ce dispositif rotatif projette les actions et les paroles de l'artiste dans un mouvement de spirale continu.

mer 07 Oct 2015
jeu 08 Oct 2015
ven 09 Oct 2015
sam 10 Oct 2015
dim 11 Oct 2015

Expositions

Artiste principalement identifié dans le champ de la performance, il construit souvent des éléments qui prolongent ou transforment son corps, et avec lesquels il « joue », par le geste et la parole. Il conçoit aussi beaucoup de performances intégrées dans des architectures, notamment des façades d'immeubles en chantier.

60 ans d’art performatif en Suisse musée Tinguely, 20.09.2017 - 28.01.2018

Volute (2015-2017)

Sculpture activée par l’artiste pendant l’exposition, sans horaire déterminé

Avec Volute, conçue pour PerformanceProcess, il cherche à incarner la parole dans un geste plastique et spatial. S’inspirant de la figure comique d’Arlequin, il évolue sur un miroir elliptique, avec un cor baroque qui semble émerger de son corps.  

 

PerformanceProcess Paris, Centre culturel suisse 18.09-13.12.15

Almost everything in life almost didn't happen (2015, 6'19'')

Production Brigit Rufe
Vidéo de compilation de performances spécialement réalisée pour PerformanceProcess.

extraball

colloques

+

Notice biographique

Né en 1961, vit à Zurich
Heinrich Lüber est une figure essentielle de la performance en Suisse depuis les années 1990. La plupart du temps, il performe lui-même, jouant avec des objets qu'il fixe sur son propre corps, se mettant en scène dans des situations spatiales souvent extrêmes – sur des façades d'immeubles, sur des toits, fixé à des structures. Concepteur des structures/sculptures qu'il fixe à son propre corps, il a beaucoup développé son travail dans une dialectique entre corps et architecture.

bibliographie

interview

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textes

Arlequin funambule

Heinrich Lüber fait jouer son corps avec l’architecture, l’objet ou le son, et déroute le spectateur. ...

Heinrich Lüber fait jouer son corps avec l'architecture, l'objet ou le son, et déroute le spectateur.

Un plateau de scène elliptique, recouvert de miroir, tourne sur lui-même. Un curieux instrument de musique y tient en équilibre au bout d'une longue tige. Il s'agit d'une sorte de cor baroque roulé de nombreuses fois sur lui-même, sur près de cinq mètres de tube en laiton, façonné par un fabricant d'instruments anciens de Bâle, terminé par un pavillon grand ouvert. Volute de Heinrich Lüber est à la fois une installation site-specific créée pour l'espace du Centre culturel suisse de Paris et une performance qui vient activer l'installation pendant quelques heures chaque jour durant la semaine de présentation.

La forme même de la performance dialogue avec la nature du programme PerformanceProcess mis sur pied pour célébrer les 30 ans de l'institution. Heinrich Lüber monte sur la scène dans un costume de couleur neutre d'où jaillissent des lambeaux de tissus aux teintes vives, créant des contrastes simultanés. Squelette d'un habit, prototype en cours de fabrication, l'aspect du vêtement est transitoire. L'artiste tente de prendre la parole, bégaie, hésite, se chauffe la voix. Il saute de part et d'autre, tout en tournant avec la scène rotative. Il s'agite. Le reflet de ce personnage dans le miroitement de l'estrade plantée en dessous de la verrière se mêle à celui des volutes de l'instrument en métal. Par le costume et la posture, l'artiste évoque la commedia dell'arte, le valet Arlequin, sa bouffonnerie et sa ruse, lui qui tente de servir plusieurs maîtres en même temps. Par le dispositif scénique et le titre, Heinrich Lüber cite le théâtre baroque et ses jeux d'oxymores, ses effets de miroirs et de renversements, le plan en ellipse de la salle à l'italienne. Sous le haut plafond du Centre culturel suisse, il confronte l'espace d'exposition, peint en gris pour l'occasion, à la réminiscence d'une salle de spectacle classique. La rotation perpétuelle du proscenium est une véritable machine de théâtre. L'instrument planté y est à la fois un décor, un accessoire et un élément de la fosse d'orchestre qui reste pratiquement inactif. Tout dans cette mise en scène perturbe l'attente du spectateur et le fait vaciller entre arts plastiques et art théâtral. Pour Heinrich Lüber, il s'agit bien ici de questionner l'histoire de la performance et de la placer dans une perspective résolument postmoderne. Les mots ne sortent pas, car l'artiste fait sienne la réflexion de Bertolt Brecht au sujet de la radio : « On a eu tout à coup la possibilité de tout dire à tout le monde, mais à la réflexion, on n'avait rien à lui dire ». Par ses hésitations et cette incapacité à prendre la parole, il malmène la position d'autorité de l'auteur ainsi que celle de l'acteur – car il est en somme, en tant qu'artiste performeur, un peu des deux à la fois. Heinrich Lüber, qui est aussi enseignant, aime à citer le personnage le Tiers-Instruit du philosophe Michel Serres, qui réconcilie les cultures littéraire et scientifique par le biais du métissage, de l'entredeux, du décentrement, lui aussi une figure d'Arlequin.

Depuis le début des années 1990, Heinrich Lüber développe une pratique complexe de la performance qui fait de lui un artiste majeur dans ce domaine. Il emploie systématiquement son corps comme un élément de sculpture. À l'intérieur du musée, il se met en scène avec des accessoires qui prolongent l'anatomie humaine. À l'extérieur, il se confronte à l'échelle monumentale de l'architecture, défie les lois de la gravitation et devient à son tour un élément du construit. Grâce à de savantes machines, parfois invisibles, parfois démonstratives, il tient en équilibre sur une façade, marche dans le vide, se place à l'horizontale sur un point d'équilibre impossible. Souvent dans une tenue colorée qui renforce la plasticité de ses propositions, son corps, parfois empilé sur celui d'un autre performeur, intègre la sculpture ou l'architecture comme un de ses véritables constituants. Un montage vidéo présenté dans l'exposition PerformanceProcess retrace un grand nombre de ses actions menées à travers l'Europe. C'est avec cette confrontation entre l'échelle humaine – celle de l'artiste autant que celle du spectateur – et l'échelle macroscopique, celle de la cité ou de l'architecture, qu'on est en mesure de mieux saisir les enjeux philosophiques et sensoriels d'une pratique de la performance qui bouleverse les codes du genre.

Denis Pernet

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